Revue de presse
Alain Bergeron, Agence QMI, le 19 juin 2015
Vanessa Riopel sait ensorceler les frappeuses avec sa balle courbe, mais elle peut aussi les étonner par ce qu’elle cache dans son soulier gauche. Avec un pied atrophié depuis la naissance, l’habile lanceuse de l’équipe canadienne réinvente le baseball avec sa propre touche.
Les quatre pays qui affronteront le Canada au tournoi de baseball féminin des Jeux panaméricains de Toronto ne devineront rien du handicap de la lanceuse de Victoriaville. Née avec un pied bot, la malformation a pourtant laissé une différence qu’on perçoit quand elle retire sa chaussette. À la base d’un mollet anormalement effilé, son pied gauche chausse à peine une pointure 5, alors qu’elle enfile du 7 à droite.
«Si j’étais une mannequin, c’est sûr que je ne voudrais pas avoir une jambe comme celle-là, mais comme je ne suis pas mannequin…», a-t-elle appris à en rigoler avec le temps.
Photo ci-dessus : Vanessa Riopel, qui est née avec une malformation au pied gauche et dont le handicap ne l’a jamais empêchée de devenir l’une des lanceuses régulières de l’équipe canadienne de baseball féminin, participera aux Jeux panaméricains de Toronto. (PHOTO JOËL LEMAY AGENCE QMI
Apprendre à marcher à 2 ans
Après une opération visant à ramener son pied gauche dans l’axe normal, les médecins ont conclu à l’âge de 1 an que le plâtre enveloppant sa jambe n’avait pas livré les résultats espérés.
Une chirurgie a ensuite été pratiquée, notamment par la reconstruction des tendons. Cette nouvelle étape a retardé la croissance de son membre et l’a empêchée de marcher avant l’âge de 2 ans, la laissant aujourd’hui avec une mobilité réduite.
«Je peux difficilement dire que mon handicap m’a nui parce que j’ai atteint l’équipe nationale, mais j’aurais sans doute été une athlète plus rapide et avec plus d’endurance si j’avais une jambe normale. Pour moi, une semaine complète d’entraînement avec l’équipe canadienne dans mes souliers à crampons, ça me fait mal», partage la lanceuse de 25 ans.
«Je ne me suis jamais plaint, même si les médecins m’ont souvent mise en garde que je n’avais pas la jambe pour faire autant de sport et m’entraîner aussi fort. Je ne me suis jamais souciée de ces remarques. Chaque fois, je me disais en moi-même: je vais continuer ce que je fais, je vais prendre une couple d’Advil et ça devrait être correct!¬
Sans complexe
Ce handicap n’aura jamais ralenti sa passion de bouger dans les rues de Repentigny où elle a grandi. Déjà à 9 ans, elle invitait son frère aîné après les repas pour se lancer la balle de baseball.
«Mes parents m’avaient inscrite à des leçons de ballerine, mais ça n’a pas été accepté à mon propre conseil d’administration! Je voulais plutôt faire comme mon frère», évoque cette diplômée universitaire en kinésiologie qui complète maintenant un microprogramme en pédagogie collégiale.
Dit ainsi, on présume qu’elle n’aura jamais transformé sa malformation en complexe.
«Je n’ai jamais vécu une vie sans ce handicap, alors ça ne me dérange plus. Je l’accepte. Ça a toujours fait partie de ma personnalité que de bouger. Je ne m’arrêterai pas parce que j’ai mal à la jambe. Le soir, je prends un bain chaud et ça passe…»
UN DÉTOUR EN AUSTRALIE PROFITABLE
Si le Japon parvient à faire entrer le baseball féminin aux Jeux olympiques de Tokyo, il faudra croire Vanessa Riopel dans sa volonté de s’accrocher jusqu’à l’âge de 30 ans.
La lanceuse de Victoriaville est devenue l’une des quatre régulières dans la rotation de l’équipe canadienne après avoir surmonté des défis.
Dernière retranchée dans la sélection en vue de la Coupe du monde en 2011, la Québécoise avait alors réagi en répondant à une invitation de se joindre à une ligue féminine en Australie.
«Quand je m’étais présentée à l’équipe canadienne, je ne parlais pas deux mots d’anglais. Ce n’est pas très utile si tu veux dialoguer avec ton receveur durant un match de la Coupe du monde! Alors je suis partie en Australie. Les deux premiers mois ont été pénibles, mais je suis revenue bilingue huit mois plus tard», raconte l’athlète de 25 ans, qui réalise aujourd’hui que le gérant André Lachance l’avait peut-être écartée à l’époque «pour forger mon caractère et découvrir jusqu’où j’étais prête à aller».
Trois Québécoises
Depuis 2012, Riopel fait partie de toutes les éditions de l’équipe canadienne et a même reçu le prix du leadership l’an dernier. Deux autres Québécoises participeront aussi aux Jeux panaméricains, soit la lanceuse Jessica Bérubé de Québec et la receveuse Stéphanie Savoie de Drummondville.
Revue de presse publiée par Jacques Lanciault.









