L’exode des joueurs de la Belle Province vers l’Europe prend de l’ampleur
Revue de presse
Jonathan Guay, Le Journal de Québec, le 7 juillet 2016
Il y en a qui sont prêts à tout pour assouvir leur passion. C’est le cas du Québécois Carl Laliberté qui, à l’âge de 27 ans, a décidé de tout laisser derrière lui pour aller vivre son rêve de jouer au baseball en Belgique, un pays loin d’être reconnu pour cette discipline.
Anciennement directeur d’une compagnie de télécommunications, Laliberté était en transition entre deux emplois lorsqu’il a pris la décision d’appuyer sur la gâchette.
«J’étais à la croisée des chemins, reconnaît le natif de Saint-Jérôme, qui a joué dans les ligues de baseball junior Élite et Sénior majeur du Québec. J’ai pris une bonne semaine pour y réfléchir. J’ai vendu tous mes meubles et j’ai sous-loué mon appartement pour aller vivre ma passion en Belgique.
«C’est ma conjointe qui m’a donné le feu vert, renchérit-il. J’avais refusé une première fois il y a trois ans et je m’étais juré de ne pas répéter cette erreur deux fois de suite.»
Photo ci-dessus : Carl Laliberté s’est tout de suite senti comme chez lui quand il a mis les pieds en sol belge.
Démarches
L’opportunité de frapper la petite balle blanche sur le Vieux Continent s’est effectivement présentée il y a trois ans.
«Un de mes anciens coéquipiers au niveau Junior Élite, Olivier Routhier-Paré, m’avait invité à aller le rejoindre alors qu’il portait les couleurs des Phoenix de Louvain-la-Neuve, près de Bruxelles, en division 1 de la ligue francophone belge de baseball et softball. Mais à l’époque, j’avais préféré conserver mon emploi.»
Puis, l’occasion a refait surface l’hiver dernier. «J’ai envoyé ma demande d’inscription trop tard et l’équipe de Louvain-la-Neuve affichait déjà complet. On m’a par la suite recommandé aux Kangaroos de Bruxelles, qui évoluent en division 2. Et je suis parti.»
Laliberté devait initialement poser les pieds en sol belge le 21 mars dernier, mais une triste tragédie qui a coûté la vie à 32 personnes et fait 340 blessés a bousculé son arrivée au 10 avril.
«Je devais décoller la journée qui a précédé les attentats du 22 mars à l’aéroport de Bruxelles, se souvient-il. Mon vol a été repoussé à deux reprises.
«À mon arrivée, je n’ai aucunement senti de climat de terreur, ajoute celui qui habite en ce moment le quartier de la Woluwe. On se promenait dans les rues comme on se promène à Montréal. Mais la présence de l’armée et des policiers est plus présente dans les rues.»
Clé en main
Il faut dire que les conditions de travail sont on ne peut plus alléchantes. Les incitatifs peuvent varier d’une ligue à l’autre, mais, dans l’ensemble, ils se ressemblent tous. «L’organisation s’assure de te trouver une famille d’accueil chez qui tu seras logé et nourri gratuitement», explique celui qui reçoit également un salaire mensuel qui vacille aux alentours de 400 euros (environ 575 $ CAN).
Le principal intéressé, qui se plaît à dire qu’il s’agit d’un concept «clé en main», reconnaît qu’il n’aurait pas pu aboutir dans un meilleur nid.
«Je me sens comme dans une deuxième famille, dit-il. C’est incroyable. Je répéterais l’expérience demain matin. La famille m’a accueilli à bras ouverts dès mon arrivée.»
En retour, celle-ci est dédommagée. Dans ce cas-ci, leur enfant, qui est âgé de 16 ans, voit son année scolaire entièrement payée.
♦ Carl Laliberté est l’homme à tout faire de son équipe. S’il évolue à toutes les positions – sauf celle de receveur –, il est également entraîneur adjoint. En 13 parties, il a maintenu une moyenne de ,500 au bâton. Il a également lancé 42 manches tout en conservant une moyenne de deux points alloués par match.
♦ Le niveau de jeu en Belgique s’apparente à du sénior AA et BB au Québec.
UN OUTIL PROMOTIONNEL
Il va sans dire que le soccer est le maître incontesté en Belgique. Mais le baseball gagne tranquillement le pays en popularité et rallie de plus en plus d’adeptes.
Si le baseball est encore très méconnu en Belgique, les équipes de la ligue francophone belge de baseball et softball profitent des acquis et du savoir de leurs athlètes en provenance d’outre-mer pour en faire profiter les plus jeunes.
Lorsque les joueurs signent leur contrat, il écrit noir sur blanc qu’ils s’engagent à jouer avec l’équipe et qu’ils doivent aussi enseigner le baseball aux plus jeunes.
«Du mardi au dimanche, je pratique mon sport en raison de quatre entraînements par semaine et de deux parties la fin de semaine, explique Carl Laliberté. Mais durant le jour, je prends part à des activités d’initiation au baseball dans les écoles primaires.»
Outil promotionnel
Par l’entremise de ce qu’ils appellent des «stages d’été», les joueurs sont appelés à transmettre leur passion du jeu et leurs connaissances aux joueurs locaux afin de mousser la valeur de cette discipline.
«Il faut reconnaître que le sport est encore assez discret, indique-t-il. Plusieurs sont encore surpris de voir du baseball. C’est pour ça qu’on fait le tour des écoles primaires. On amène notre matériel et on explique ce en quoi consiste le sport.»
L’athlète de 27 ans est d’avis que le baseball en Belgique va dans la bonne direction. Il est d’ailleurs très surpris du niveau de jeu de certains joueurs.
«Il y a de jeunes joueurs de 16 ans aussi talentueux qu’au Québec. Ils n’ont pourtant pas les mêmes ressources à leur disposition.»
Problèmes d’accent
Bien que le Français soit l’une des trois langues officielles en Belgique, la compréhension n’est pas toujours au rendez-vous.
«Dans les camps d’initiation, les jeunes ne comprennent pas mon accent québécois… il me considère comme un extraterrestre! Les jeunes veulent prendre des selfies avec moi!»
Cette première expérience à prodiguer des conseils aux jeunes semble avoir eu son effet sur le Québécois.
«Ça me stimule beaucoup et j’aimerais en faire plus auprès des jeunes, souhaite-t-il. Si l’occasion se présente au Québec, c’est sûr que j’aimerais m’impliquer dans une équipe pour aider la relève.»
♦ Le contrat de Carl Laliberté vient à échéance aux alentours du 15 septembre. Il prévoit voyager avec sa conjointe pendant un mois avant de revenir au Québec.
Revue de presse publiée par Jacques Lanciault.








