
Au jour le jour au baseball junior
Texte et recherches de Jacques Lanciault
NDLR – Lors de mon passage au sein de la Ligue de baseball junior élite du Québec (1997-2013), j’ai, entre autres, voulu reconstituer l’histoire du baseball junior, en particulier de ce circuit, tout comme de réaliser un recensement des joueurs de la ligue ayant évolué dans les universités et les collèges américains ainsi que dans les rangs professionnels !
Pour ce faire, j’ai fouillé les archives du circuit, celles de nombreuses personnes ayant été associées au baseball junior, en plus de me rendre régulièrement à la « Grande bibliothèque » afin de relire des journaux d’époque et de fouiller dans les archives des journaux numérisés.
Mes recherches ont débouché sur une série inachevée d’articles que j’ai publiée à l’époque sur le site Internet de la ligue sous la rubrique « Au jour le jour ».
Au cours des hivers 2018 et 2019, j’ai repris ces textes, les ai enrichis et corrigés et les ai publiés sur mon blogue… Depuis, j’ajoute régulièrement de nouvelles années, en plus d’ajouter fréquemment de nouvelles informations aux années déjà compilées.
Aujourd’hui, j’ajoute à cet historique une nouvelle année, la deuxième du circuit, la saison 1948 !
Pour cette saison, le circuit se nomme, comme en 1947, la « Ligue Montréal Royale Junior »… et elle a été très peu couverte dans La Presse, mais fort bien dans le Montréal-Matin et La Patrie.
Le résultat est intéressant !
Bonne lecture.
Jacques Lanciault (le 27 août 2026 et modifié le 8 octobre 2026)
Dans le cadre de mes recherches sur la deuxième saison de la « Ligue Montréal Royale Junior », je suis tombé sur un texte très intéressant du journaliste sportif Armand Jokisch, un article publié dans le quotidien « Montréal Matin » du 22 mai 1948…
Le texte a été publié à l’aube de la deuxième saison de la ligue…
Ce texte met clairement en lumière la mission que c’était donnée les fondateurs du circuit et son premier président Gérard Thibeault, lui qui était alors député de l’Union nationale représentant le comté de Montréal-Mercier à l’Assemblée nationale du Québec.
Le papier d’Armand Jokisch est fort intéressant, car il présente, dans le langage de l’époque, la mission du nouveau circuit… qui, 80 ans plus tard, est toujours la même !
Avant d’aborder une courte histoire de la saison 1948, je présente ci-dessous le texte complet tel qu’on peut le lire sur le site de « Bibliothèque et archives nationales du Québec ».
LA JEUNESSE A BESOIN DE TOUS LES SPORTSMEN
Texte d’Armand Jokisch, Montréal Matin, 22 mai 1948
« Demain après-midi, la ligue Montréal Royal Junior fera l’ouverture officielle de sa saison alors qu’elle présentera son premier programme double au Stade Delorimier.
Cette organisation mérite beaucoup de la part des fervents de sport. On a toujours déploré le fait que Montréal n’avait jamais rien produit dans le monde du baseball.
Ceci ne fut pas toujours dû aux jeunes qui, dans le passé, ont fourni plusieurs joueurs qui auraient facilement pu évoluer dans le baseball organisé et même dans les majeures, si on s’était un peu plus intéressé à eux aux débuts.
On n’a d’ailleurs qu’à mentionner les noms récents de Roland Gladu, Jean-Pierre Roy et Stan Bréard pour réaliser que Montréal possède le matériel nécessaire pour fournir d’aussi bons joueurs de baseball que ceux qui viennent du Sud.
Le malheur a toujours été dans le passé, que nos jeunes furent négligés. Un groupe d’adolescents se rencontraient et décidaient de former un club de baseball. Le tout était organisé à « la bonne franquette » et on se promenait d’un coin à l’autre, passant l’été à se divertir, sans toutefois rien apprendre.
BEAU GESTE D’ARDENTS SPORTSMEN
L’an dernier, Gérard. Thibault, avec un groupe de sportsmen, décida de tenter de faciliter la tâche de ces jeunes et en même temps de leur fournir les conseils et instructeurs nécessaires de façon à ce que si aucun d’entre eux possédait des qualités pour faire un joueur de baseball, on puisse les développer.
Déjà certains d’entre eux se sont fait valoir à un tel point que ce printemps, plusieurs de ceux-ci sont passés à la ligue Indépendante et d’autres à la ligue Provinciale.
Sans être convaincu que ces jeunes aient bien agi en faisant si tôt le « saut » il n’en reste pas moins vrai que les gérants des clubs de ces ligues ont vu en ces jeunes des possibilités suffisantes pour les attirer dans leurs circuits.
LES DODGERS S’Y INTERESSENT
Il y a aussi un point beaucoup plus important. Si cette ligue a la permission de jouer au Stade c’est que l’organisation des Dodgers entrevoit pour elle et eux de grandes possibilités et il n’y a pas de doute que cette année, les Dodgers verront à avoir un éclaireur à chacune des joutes afin de prendre connaissance des capacités de chacun.
Il semble qu’enfin nos jeunes auront l’opportunité de répéter les exploits de Nap. Lajoie, Del Bissonnette, Phil Marchildon et autres, parce qu’ils seront bien enseignés dès le début et progresseront sous l’œil d’experts qui sauront développer à leur meilleur les aptitudes de la jeunesse.
Cette organisation ne s’intéresse toutefois pas aux détails que nous avons mentionnés plus haut et que nous avons développés afin de démontrer tous les avantages que nos jeunes athlètes pourraient retirer de cette organisation.
Le but principal de cette ligue est de faire sa part pour enrayer la criminalité juvénile. L’enfant n’est que très rarement méchant de nature. Il ne le devient que par l’enchaînement des circonstances.
Si l’on tient son idée occupée ailleurs, il ne songera que très rarement à mal faire. Sans vouloir mépriser les autres sports, il n’y a guère de sport à part du baseball et du hockey, qui puissent captiver l’imagination d’un jeune homme et son esprit sportif que la compétition que ceux-ci suscitent.
Ce qui explique que nous disions au début de cette chronique que la ligue Montréal Royal Junior mérite le support de tous les amateurs de baseball. Elle fait un beau travail social, aide en même temps au développement des jeunes ayant des aptitudes pour, peut-être, devenir de fameuses vedettes dans quelques années.
ON Y DONNE UN TRES BON BASEBALL
On nous dira que des jeunes de 17, 18 et 19 ans ne peuvent pas fournir un bon spectacle. Ceux qui parlent de cette façon n’ont jamais assisté à ces joutes et devraient se déplacer dès dimanche pour se renseigner. Il arrivera, comme d’ailleurs, la chose se produit, même chez les Royaux, que les joutes ne soient pas intéressantes, mais dans l’ensemble, les partisans réguliers de la ligue junior vous assureront que le baseball est de calibre surprenant.
Encourageons des jeunes, aidons les sportsmen qui se dépensent sans compter à une borne cause à réaliser leurs ambitions par notre support. Nous pouvons assurer les plus difficiles qu’ils se divertiront et verront en même temps grandir leurs favoris et auront peut-être dans une couple d’années l’occasion de les acclamer dans l’uniforme des Royaux. »
Et maintenant, la saison 1948
À sa première saison, « Ligue Montréal Royale Junior » comptait huit équipes. Pour la deuxième campagne, la ligue compte onze formations qui sont réparties en deux sections.
Une nouvelle équipe, le Conseil Lafontaine des Chevaliers de Colomb remplace la franchise du «National» qui n’est pas de retour, tout comme le Villeray remplace le «Jarry», une autre franchise qui n’est pas de retour en 1948.
Par ailleurs, trois nouvelles équipes ont joint les rangs du circuit, le Maisonneuve, et deux franchises provenant de l’extérieur de la ville de Montréal, le Ville Mont-Royal et le Verdun.
Pour cette deuxième saison, les équipes évoluaient localement aux parcs suivants :
Conseil Lafontaine : parc Laurier;
Laval: terrain Ahuntsic;
Maisonneuve : parc Dominion;
Rosemont : parc Beaubien;
Plateau Mont-Royal: parc Lafontaine;
Saint-Henri: parc Vaillant;
Verdun : parc non identifié;
Villeray: parc Jarry.
Ville-Marie : parc du Jardin botanique;
Ville Mont-Royal : parc non identifié;
Y.M.H.A.: parc Jeanne-Mance.
Au chapitre du bureau de direction, le président Thibeault est de retour, mais étant donné qu’il a l’intention de poser sa candidature comme député aux élections du Québec de 1948 (où il sera élu d’ailleurs), il doit s’entourer de personnes qui pourront prendre sa relève efficacement.
Ses personnes seront Marc Fortier, qui était déjà au bureau de direction, qui accepta de prendre la vice-présidence et Maurice Custeau qui pris place comme secrétaire. Soulignons que monsieur Custeau deviendra en 1950 membre du Conseil municipal de Montréal, député à l’assemblée nationale en 1956 et président et directeur général de Loto-Québec de 1970 à 1976!
La saison régulière
Le quotidien « Montréal-Matin » mentionnait dans son édition du 8 mai 1948 ceci : « Il a été décidé que l’âge limite pour cette saison serait de 20 ans et demi au 1er juin, ce qui signifie qu’un joueur qui aura 21 ans avant cette date d’est pas éligible (sic) pour s’aligner. »
La deuxième saison a pris son envol le dimanche 23 mai 1948 au stade Delorimier, alors que le président du circuit, Gérard Thibeault a assisté aux deux matchs d’un programme double.
Le journaliste sportif Jean-Paul Sarault écrivait le lendemain, le 24 mai 1948, dans le journal La Patrie, après un seul jour de match : « Le club Plateau Mont-Royal s’est emparé de la première position, de la ligue de baseball Royale Junior hier après-midi, au Stadium, en remportant sa deuxième victoire consécutive ! »
Au final de la saison 1948, les formations de Ville-Marie et de Verdun ont remporté les championnats de leur section respective.
Voici le classement final de la saison régulière 1948 où l’on retrouve le nom des onze équipes :
| Équipe | Victoires | Défaites | Nulle |
|---|---|---|---|
| Section Est | |||
| Rosemont | 20 | 12 | 3 |
| Ville-Marie | 20 | 12 | 2 |
| Maisonneuve | 17 | 16 | 3 |
| Plateau Mont-Royal | 15 | 17 | 2 |
| Chevaliers de Colomb Conseil Lafontaine | 11 | 20 | 3 |
| Section Ouest | |||
| Verdun | 25 | 8 | 1 |
| Saint-Henri | 18 | 15 | 2 |
| Villeray | 14 | 17 | 4 |
| Ville Mont-Royal | 14 | 17 | 2 |
| Y.M.H.A. | 13 | 19 | 3 |
| Laval | 9 | 23 | 2 |
Au cours de la saison, les étoiles de la Ligue Montréal Royale Junior ont disputé un match au stade Delorimier, face à une formation américaine, les « Étoiles de Brooklyn ». Les Américains ont infligé une défaite de 15 à 6 aux Montréalais.
Les séries éliminatoires
Après des séries qui ont déterminé les champions des sections Est (Ville-Marie) et Ouest (Saint-Henri), les deux équipes se sont affrontées dans la série finale du « détail »… c’est ainsi qu’on appelait, à l’époque, les séries éliminatoires.
Les deux premiers matchs de la série finale 3-de-5 ont été présentés respectivement au parc du Jardin botanique (Ville-Marie) et au parc Vaillant (Saint-Henri).
Saint-Henri a remporté la victoire dans le cinquième et dernier match de la série, une rencontre présentée au Jardin botanique devant quelque 5 000 spectateurs.
Le championnat junior de la ville de Montréal
Comme en 1947, au terme des séries éliminatoires, l’équipe championne de la « Ligue Montréal Royale Junior », « le Saint-Henri », est conviée à affronter dans une série 2-de-3, la formation championne de la « Ligue du parc Atwater », et ce, pour le championnat junior de la ville de Montréal.
Pour l’occasion, le Saint-Henri de la Ligue Montréal Royale Junior, une formation dirigée par Sylvio Mantha, a défait la troupe du Côte-des-Neiges, championne de la ligue du parc Atwater.
L’équipe championne de cette série a reçu le trophée perpétuel “Montréal-Matin”.
Les Québécois avec des équipes des ligues majeures
En 1948, un seul baseballeur québécois a évolué dans les ligues majeures, soit Sherry Robertson, avec les Senators de Washington.
Sherry Robertson, né à Montréal en 1919, est un joueur de position qui, en 1948, a frappé pour une moyenne au bâton de 0,246 en 215 présences dans le rectangle du frappeur. Il a produit 22 points, y allant entre autres de 2 coups de circuit, sous les couleurs des Senators.
Les baseballeurs québécois dans les ligues mineures du baseball majeur
Deux Québécois ont également évolué dans les ligues mineures affiliées aux équipes du baseball majeur, soit Louis-Robert Cloutier avec les Brown de Saint Louis et Joe Krakauskas avec les White Sox de Chicago.
Louis-Robert Cloutier, un baseballeur né à Windsor au Québec en 1928, a porté les couleurs de la troupe des Highlanders de Peekskill, un club-école des Browns de Saint Louis de la ligue américaine de baseball en 1948.
Avec cette équipe de la ligue Notrh Atlantic il a lancé 160 manches, cumulant un dossier de 13 victoires et 6 défaites, récoltant 96 retraits sur des prises au cours de la saison.
Quant à Joe Krakauskas, né lui aussi à Montréal, mais en 1915, après avoir atteint les ligues majeures avant la Deuxième Guerre mondiale, et n’avoir pu jouer entre 1943 et 1946 en raison justement de la guerre, en 1948, il porta les couleurs de l’équipe d’Hollywood, une formation de classe AAA des White Sox de Chicago dans la Ligue de la Côte du Pacifique.
Avec eux, il officia au monticule durant durant 157 manches, ramenant un dossier de 5-7 avec 98 retraits sur des prises.
En tout début de saison, l’organisation des Giants de New York a mis sous contrat le Montréalais John Jepson… mais la signature a été annulée par le commissaire de la Ligue Northern, car Jepson n’avait pas terminé ses études.
Pour lire l’historique des autres années, du moins celles qui ont été compilées à ce jour, cliquez sur ce lien : Histoire du baseball junior à Montréal et de ses joueurs!
Photo ci-dessus : Une photo du premier président de l’histoire de la ligue Montréal Royale Junior, aujourd’hui, la Ligue de baseball junior élite du Québec, monsieur Gérard Thibeault, alors âgé de 90 ans en 1996, accompagné par Ron Piché et Claude Raymond, deux des premiers joueurs issus du nouveau circuit à avoir évolué dans les ligues majeures!






