
Texte, recherches et photos de Céline et Jacques Lanciault
Voici le 61e d’une série de reportages sur une magnifique odyssée qui nous a menés, dans un premier temps, à Rotterdam aux Pays-Bas, puis en croisière en Norvège, jusqu’au-delà du cercle polaire, par la suite au Royaume-Uni et en Irlande et finalement, après la descente du bateau, à Amsterdam également aux Pays-Bas. Un inoubliable périple réalisé du 12 mai au 19 juin 2025.
Cobh, République d’Irlande, le jeudi 12 juin 2025 – Tant bien que mal, au cours des deux derniers jours, nous nous sommes efforcés d’oublier notre grande déception d’avoir raté notre escale à l’île de Man… sans que nous sachions vraiment pourquoi le commandant de notre bateau de croisière, le « Nieuw Statendam », l’a annulée!
Ce matin, après deux jours de navigation à pas de tortue, le bateau s’amarre au port de la petite ville de Cobh, un nom qui se prononce bizarrement « Cove »!
Lors de la préparation de notre croisière, nous avons appris que Cobh était un des ports principaux des transatlantiques irlandais et que ce port avait été le point de départ de quelque 2 500 000 des 6 millions d’Irlandais qui émigrèrent en Amérique du Nord entre 1848 et 1950!
De plus, il fut le port de la dernière escale du Titanic avant de traverser l’Atlantique pour son fatal voyage vers New York.
La ville, dont la population est d’environ 13 000 habitants, offre une architecture colorée, de nombreux monuments et compte sur une immense cathédrale… gigantesque surtout par rapport son petit nombre d’habitants.
Il s’agit d’un ancien village de pêcheurs qui est devenu une base de la Royal Navy lors de la guerre d’indépendance américaine, puis lors des conflits avec la France.
Pour amorcer notre découverte de la ville, nous nous dirigeons vers ses emblématiques maisons colorées, souvent surnommées « Le jeu de cartes », sise toutes près d’où nous mettons pied à terre!
Photo ci-dessus : Des petites maisons colorées pittoresques alignées sur une pente particulièrement raide… Certainement l’un des points de vue les plus photographiés de la petite ville de Cobh en République d’Irlande. Cet alignement est souvent nommé « Deck of Cards », le « Jeu de cartes » en français, en raison de l’alignement coloré sur la colline.
N.-B. : Pour regarder le diaporama des photos présentées sur cette page, cliquez sur n’importe laquelle des photos.
Avant de passer à nos découvertes de la ville de Cobh, allons-y d’un court résumé de nos deux dernières journées à bord, alors que le bateau revenait tranquillement vers la république d’Irlande.
La douche froide
Mardi matin, étant donné que nous devions partir en excursion sur l’île de Man, nous nous sommes levés tôt, à 5 h 45.
Après le petit déjeuner, du balcon de notre cabine nous apercevions l’île de Man sous un ciel d’un bleu céruléen, le « Nieuw Statendam » se préparait à y amarrer.
L’île de Man est située dans la mer d’Irlande entre les îles de la Grande-Bretagne et celle de l’Irlande. Elle fait 50 km de long par 20 km de large, pas plus.
Elle ne fait ni partie du Royaume-Uni ni de l’Union européenne, elle relève directement de la couronne britannique, mais elle est régie par ses propres lois.
Elle est réputée pour ses 100 milles de côtes parsemées de plages et de falaises.
À 7 h 40, alors que nous étions à nous préparer pour le rendez-vous de départ de l’excursion, le commandant du bateau prend la parole et avise les voyageurs qu’il n’y aura pas d’arrêt à l’île de Man… et ce, pour une question de sécurité.
Quelle douche froide!
Nous avions tellement hâte de découvrir cette magnifique île où l’excursion nous amenait en autocar à longer la baie de Douglas vers le nord pour nous rendre au Manx Electric Railway.
Ce train nous aurait menés au sommet de falaises escarpées, à Laxey, en longeant de vastes prairies de fleurs sauvages. Là, nous aurions découvert une grande roue hydraulique de 72 pieds de hauteur affichant un diamètre de 76,5 pieds! Un mécanisme en fonction depuis 1854!
Voici ce que nous aurions pu voir…
Photo ci-dessus : La roue de Laxey, également connue sous le nom de « Grande roue », est un site historique majeur de l’île de Man. Construite en 1854 pour pomper l’eau des mines de plomb et de zinc de la région de Laxey. (Photo provenant d’Internet)
Puis, nous y serions allés d’un transfert dans le Snaefell Mountain Railway datant de 1895, un train qui nous aurait conduits au plus haut sommet de la montagne… à 2 036 pieds d’altitude!
À cet endroit, étant donné le temps particulièrement clair de la journée, nous aurions pu voir sept royaumes : l’Angleterre, l’Écosse, l’Irlande, le Pays de Galle, l’île de Man, la Mer et finalement le Paradis… comme mentionné dans la publicité que nous avons lu sur Internet !
Quel dommage!
Lors de son annonce, le commandant du bateau a invoqué la sécurité pour annuler l’escale.
Il se peut, dit-on, que malgré la belle température, la houle rendait l’opération de débarquement par tender trop risquée ou difficile.
Il se peut aussi qu’il y ait eu des problèmes d’opération portuaire, quai indisponible, marée trop haute ou trop basse, ou trafic portuaire serré. Une autre possibilité est que notre bateau ait éprouvé des difficultés techniques…
Une chose est certaine, ce n’était certainement pas de gaité de coeur que le commandant a prononcé l’annulation, car de très nombreux croisiéristes comme nous avaient acheté des excursions, d’où une perte sèche pour la Holland America Line.
Contre mauvaise fortune, nous avons fait bon coeur et compte tenu de la superbe température et surtout en raison de la basse vitesse du bateau, nous avons profité de l’occasion pour nous promener sur les ponts extérieurs… où y avait foule partout.
Nous avons même pris un bain de soleil sur notre balcon!
Après quelques apéros à notre bar préféré du deuxième pont en fin d’après-midi, nous nous sommes rendus pour souper au « Grand Dining » à 18 h 30…
Nous avons attendu 30 minutes pour obtenir une table. L’employé responsable de la réception a tout simplement oublié de nous appeler lorsque notre table est devenue disponible…
Photos ci-dessus : Notre souper au « Grand Dining » après une longue attente!
Finalement, ce fut une journée très décevante!
Le lendemain, mercredi, nous avons vécu un autre jour de navigation à la vitesse la plus lente! Nous croyons même que le bateau est demeuré immobile durant quelques heures!
Encore là, nous avons profité de notre balcon pour prendre un peu de soleil.
Nous avons aussi assisté à la présentation de Holland America Line sur l’escale à Cobh. Intéressante, mais décevante quant aux prévisions météorologiques pour demain : le maximum prévu est de 16 degrés Celsius… avec de fortes possibilités de pluie.
En soirée, nous avons assisté au spectacle de la chanteuse Kyra Ventriglia et de ses danseurs. Un bon moment de détente nous ayant permis d’oublier les déboires de la journée!
À la découverte de Cobh
Sans trop trop de surprise, le bateau s’est amarré au port de Cobh plus tôt que prévu!
Dès 7 heures, nous étions au Lido Market pour le petit-déjeuner et à 8 h 45 nous descendons à terre.
Une pluie fine tombe et le vent souffle avec force… La ville est enveloppée dans un épais brouillard!
Nous y allons d’à peine quelques pas et arrivons devant le Lusitania Peace Memorial, un monument honorant la mémoire des 1 198 victimes et plus du bateau torpillé en 1915.
Photos ci-dessus : Le mémorial de la paix du Lusitania représente un ange veillant sur deux jeunes pêcheurs. Il commémore les victimes et les sauveteurs du naufrage du RMS Lusitania en 1915. Il rend hommage au rôle essentiel de la communauté locale dans les secours aux survivants et l’inhumation des victimes après le torpillage du paquebot au large des côtes irlandaises.
Rappelons que le paquebot de la Cunard a été coulé par un sous-marin allemand le 7 mai 1915. Les survivants et les victimes ont été conduits à Cobh, déjà un port d’escale important.
Les figures représentées sur le mémorial symbolisent à la fois la douleur et l’espoir, assurant ainsi la pérennité du souvenir de cette tragédie.
Photos ci-dessus : Conçu et commencé par l’artiste américain Jerome Connor (1874-1943), dans les années 1930, il a été achevé en 1968 par d’autres artistes après le décès de Connor. Le mémorial se dresse sur le « Casement Square » et symbolise le deuil, l’espoir et la résilience humaine face à cette tragédie. De nombreuses victimes reposent à proximité, au cimetière de la vieille église.
« Les “pêcheurs en deuil” du mémorial évoquent la douleur des sauveteurs locaux, tandis que l’“ange”, le pied posé sur une épée, incarne l’appel plus large à la fin de toutes les guerres. »
Photos ci-dessus : Une inscription prend place au pied du monument, une plaque en bronze rappelle le triste événement et une affiche raconte l’histoire en détail.
Photos ci-dessus : Des oiseaux en vol ont été sculptés sur la colonne de pierre du monument, tandis que des poissons sculptés servent d’accoudoirs aux bancs prenant place devant le monument sur le « square ».
Photo ci-dessus : D’où nous nous trouvons, nous apercevons la cathédrale St Colman… dans le brouillard!
Tout près, nous nous arrêtons à un kiosque d’informations touristiques où nous obtenons une carte de la ville.
Magnifique ensemble de statues : le monument à Annie Moore!
De l’autre côté de la rue, il y a un monument, en fait un ensemble de trois statues, intitulé le monument à Annie Moore.
Il commémore l’immigration irlandaise vers les États-Unis, en rendant hommage à Annie Moore (1874-1924), qui fut la première immigrante irlandaise passant par Ellis Island le 1er janvier 1892!
Photos ci-dessus : Le monument Annie Moore rend hommage à la première immigrante arrivée à « Ellis Island » aux États-Unis en 1892. Le monument montre la jeune femme de 18 ans accompagnée de ses deux jeunes frères.
Il est à remarquer que des statues identiques sont conservées au musée d’Ellis Island à New York. Elles symbolisent les millions d’immigrants irlandais et du monde entier en quête d’une vie meilleure en Amérique.
L’oeuvre est une réalisation de la sculptrice irlandaise Jeanne Rynhart (1946-2020), ces statues en bronze, empreintes d’émotion, représentent Annie avec ses deux jeunes frères, incarnant l’espoir, la résilience et l’épopée de l’émigration depuis l’Irlande.
Photos ci-dessus : Les jolies maisons colorées du « Casement Square » à Cobh.
Une ville riche en oeuvres d’art… y incluant son architecture!
Nous nous arrêtons devant une autre statue, celle honorant la mémoire de Sonia O’Sullivan (1969- ). Une statue tout de même assez récente, puisqu’elle a été inaugurée le 20 septembre 2015… à l’occasion du vingtième anniversaire de la médaille d’or remportée par l’athlète locale au 5 000 m des « Championnats du monde » de Göteborg en Suède.
Photos ci-dessus : Cette statue rend hommage à la longue et brillante carrière de Sonia O’Sullivan en athlétisme, une athlète née à Cobh. La statue a été minutieusement réalisée par le sculpteur local James McLoughlin et représente parfaitement la plus grande athlète irlandaise de tous les temps… au sommet de sa carrière dans les années 1990.
Photo ci-dessus : Nous passons devant ce kiosque affichant de belles couleurs!
Nous passons devant le Titanic Expericence Cobh, un musée du Titanic qui prend place dans les anciens locaux de la White Star Line… d’où ont embarqué les derniers 123 passagers en 1912!
Le musée retrace le terrible naufrage du paquebot réputé insubmersible.
Photos ci-dessus : Le bâtiment historique de la White Star Line, d’où sont partis les derniers passagers du Titanic, abrite aujourd’hui un musée, le « Titanic Experience Cobh ».
Soulignons que notre photo ci-dessus mentionne « Queenstown ». Il faut savoir que la ville fut renommée Queenstown quand la Reine Victoria la visita en 1849… mais redevint Cobh en 1922 après que l’Irlande a gagné sa souveraineté.
Nous passons devant un édifice décoré d’une très belle murale, même si celle-ci est en noir et blanc. Elle est peinte sur la façade d’un bâtiment jaune.
Photos ci-dessus : La murale représente l’intérieur d’un bar, « The Monument Bar », où plusieurs personnes sont attablées, comme si on les voyait à travers une vitrine. Une personne est également peinte à une fenêtre à l’étage supérieur, et un chat à l’autre fenêtre. Il s’agit d’une oeuvre de l’artiste italienne Francesca Gallerati (1983- ).
Les célèbres maisons colorées Deck of Cards Houses
Nous arrivons sur la rue des maisons en série, aux couleurs différentes et situées sur une rue en pente particulièrement raide… avec la cathédrale St Colman en arrière-plan.
Notre premier regard sur les maisons est un peu décevant, le brouillard, la température maussade ne leur rendant pas justice. Par une journée ensoleillée, le point de vue doit être ravissant.
Photos ci-dessus : Notre première vision des maisons colorées dites de « Deck of Card »… est un peu décevant, la température maussade leur donnant un air plutôt triste.
Photos ci-dessus : Puis, nous changeons de position pour admirer la série d’habitations… et la luminosité sur les maisons leur rend un peu plus justice. Les rangées de maisons aux teintes vives créent un tableau unique et photogénique!
Le surnom de « Deck of Cards » vient de la disposition des maisons sur la pente escarpée qui évoque un jeu de cartes!
Photos ci-dessus : Les maisons « Jeu de cartes » d’un autre angle!
Nous entrons dans un petit parc où il y a un monument. L’endroit se nomme « Le Jardin du Souvenir de Cobh ».
Le mémorial est dédié aux sept signataires de la « Proclamation de la République d’Irlande de 1916 ». Ces hommes étaient des figures clés de l’Insurrection de Pâques, un événement majeur de l’histoire irlandaise qui a ouvert la voie à l’indépendance du pays.
L’Insurrection de Pâques de 1916 a vu environ 1 600 insurgés prendre les armes contre le gouvernement britannique à Dublin.
Mais, l’insurrection a échoué militairement… et les signataires, considérés comme les dirigeants, ont été emprisonnés et exécutés peu après.
Photo ci-dessus : Le texte apparaissant sur le monument est une dédicace aux sept signataires de la proclamation d’indépendance de 1916. Leurs noms ont été gravés dans la pierre : Thomas a. Clarke, Sean McDiarmada, Thomas MacDonagh, P.H. Pearse, Eamonn Ceannt, James Connolly et Joseph Plunkett.
Le mémorial se termine par la citation : « Une Irlande non libre ne sera jamais en paix »… reflétant les aspirations nationalistes des signataires.
Photo ci-dessus : Tout près du mémorial dédié aux sept signataires de la « Proclamation de la République d’Irlande de 1916 », il y a ce beau bosquet.
Photo ci-dessus : Le « Jardin du Souvenir de Cobh » est très bien aménagé… et surtout entretenu avec soin.
La cathédrale Saint-Colman
Nous arrivons devant la cathédrale de la ville… La St Colman’s Cathedral, la cathédrale Saint Colman en français, un cathédrale catholique.
Il s’agit d’un édifice religieux de style néo-gothique tout à fait remarquable qui surplombe le port!
Photo ci-dessus : L’imposante cathédrale St Colman… dont la flèche est toujours dans le brouillard!
Ce qui surprend d’entrée de jeu, c’est son gigantisme… pour une ville de seulement 13 000 habitants!
Nos recherches nous ont apporté la réponse!
Le site Internet « Guideirlande.com » mentionne ceci : « La construction de la cathédrale a commencé en 1868. À cette époque, Cobh est une ville en pleine expansion. Elle bénéficie d’une grande popularité grâce à son port maritime, d’où démarrent les grands bateaux en route vers les États-Unis…
Du fait de la forte période d’émigration, la ville est saturée de toute part et ne parvient pas à héberger et nourrir tout le monde… Quant à l’église de Cobh, celle-ci peine également à accueillir autant de fidèles…
Face à ce constat, Cobh décide donc de construire un nouvel édifice religieux catholique, suffisamment imposant pour pouvoir accueillir tous les fidèles en transit vers les États-Unis!
La construction de la cathédrale Saint Colman s’effectue sous la direction de deux architectes britanniques, Sir Edward Welby Pugin (1834-1875) et Sir George Ashlin (1838-1921). Les travaux ne s’achèveront finalement qu’en 1915, date à laquelle la cathédrale sera finalisée par l’installation d’une flèche imposante. »
Le portail principal de la cathédrale est très impressionnant. Il est typique du néogothique victorien (fin XIXᵉ et début XXᵉ siècle) affichant un arc en ogive très prononcé et une abondance de sculptures…
Sur Internet nous avons lu « qu’il a été conçu pour être lu théologiquement par le fidèle avant d’entrer dans la cathédrale! »
Photos ci-dessus : Le portail affiche bien en vue un Christ en majesté assis sur un trône. Sous lui prend place une frise horizontale de figures debout. Il s’agit des douze apôtres, chacun est individualisé par une posture différente.
Photo ci-dessus : Entre les deux portes se dresse une statue majeure de la Vierge Marie portant l’Enfant Jésus. Marie est debout, tandis que l’Enfant Jésus est porté sur le bras de la Vierge.
Photos ci-dessus : Deux saints encadrent les portes d’entrée… Un des deux est probablement Saint Colman.
Photos ci-dessus : Un autre portail affichant la scène de l’Annonciation à la Vierge sur le tympan.
Photo ci-dessus : La façade de la cathédrale présente une belle rosace.
Photos ci-dessus : Finalement l’autre portail affiche un relief montrant le baptême du Christ par Saint-Jean Baptiste.
À suivre
Visite de l’intérieur de la magnifique cathédrale Saint Colman de Cobh!
Photo ci-dessus : Le choeur et le maître-autel de la cathédrale Saint Colman de Cobh sont tout simplement magnifiques.
Pour lire les autres textes de notre croisière, cliquez sur ce lien : Nos textes relatifs à une longue croisière sur les côtes de la Norvège et autour des îles Britanniques en mai et juin 2025.
Pour lire les autres textes de notre périple amorcé à Rotterdam avant de prendre la mer, cliquez sur ce lien : Nos textes relatifs à un séjour de cinq jours à Rotterdam au Pays-Bas en mai 2025.






