
Texte, recherches et photos de Céline et Jacques Lanciault
Voici le 14e d’une série de reportages sur une magnifique odyssée qui nous a menés, dans un premier temps, à Rotterdam aux Pays-Bas, puis en croisière en Norvège, jusqu’au-delà du cercle polaire, par la suite au Royaume-Uni et en Irlande et finalement, après la descente du bateau, à Amsterdam également aux Pays-Bas. Un inoubliable périple réalisé du 12 mai au 19 juin 2025.
Rotterdam, Pays-Bas, samedi le 17 mai 2025 – Notre découverte des trois expositions du tout nouveau Musée « Fenix », de son spectaculaire escalier dit « Le Tornado » et de sa plate-forme qui nous offre une vue imprenable sur les alentours, vaut à ce tout nouvel attrait de Rotterdam rien de moins que trois « Wow »!
La visite de ce musée n’était pas inscrite à notre programme. C’est la publicité, partout dans la ville de Rotterdam, qui nous a incités à l’ajouter à nos visites. Ce fut une excellente décision.
Le musée Fenix a ouvert ses portes au public pour la première fois vendredi 16 mai… C’est-à-dire hier! Cinq années de travaux ont été nécessaires pour son installation dans un entrepôt historique de Rotterdam.
Ce musée est consacré aux migrations, passées et modernes, et on y retrouve trois expositions consacrées à ce thème.
Au premier étage, des dizaines d’œuvres d’art sont exposées… et plusieurs sont époustouflantes!
Deux autres salles sont à découvrir. Une où sont exposées quelque 2 000 valises entassées les unes sur les autres et une autre où il y a une très touchante exposition de photos intitulée « The Family of Migrants »!
Le Musée Fenix, c’est l’énorme coup de cœur de notre dernier jour de visite précroisière dans la très belle ville de Rotterdam!
Photo ci-dessus : Trump, Merkel et Macron sont entassés dans un bateau en bois avec de nombreux autres dirigeants mondiaux… tels de véritables réfugiés fuyant leur pays!
N.-B. : Pour regarder le diaporama des photos présentées sur cette page, cliquez sur n’importe laquelle des photos.
Nous poursuivons notre très intéressante visite des salles d’exposition du Musée Fenix de Rotterdam.
Une photographie… que nous avons vue à de multiples reprises, dans les médias et aussi dans les expositions de World Press Photo… avons-nous d’abord pensé!
Photo ci-dessus : « Fille afghane avec les mains sur le visage », une œuvre du photojournaliste Steve McCurry (États-Unis, 1950), immortalisé en 1984. Il s’agit d’une photo célèbre dans le monde entier grâce à la couverture du « National Geographic » de juin 1985.
Mais, il ne s’agit pas de la photographie du « National Geographic> », précise l’affichette. « Cette photo, moins connue, a été prise juste avant sa photo la plus emblématique. Sharbat Gula se couvre d’abord le visage avec ses mains avant de les baisser prudemment. »
Photos ci-dessus : Deux affiches publicitaires de la compagnie « Holland America Line »… avec qui nous embarquons demain pour une croisière de 28 jours.
Une des affiches présente le bateau Nieuw Statendam, celui de 1928 et non celui sur lequel nous avons effectué une croisière en 2018.
Photos ci-dessus : Une œuvre intitulée « Rampie and Layer II », une réalisation de 2023 de l’artiste sud-africaine Thania Petersen (1980- ).
L’affichette précise que « Cette tapisserie illustre l’histoire familiale de Thania Petersen, qui a débuté en Indonésie. En haut, elle a brodé de la précieuse noix de muscade indonésienne, qui jouait un rôle important dans le commerce. Les monstres médiévaux de l’œuvre représentent des marins européens. Il y a 150 ans, ils ont emmené de force les ancêtres de Thania Petersen de leur pays natal au Cap, reconnaissable à la montagne de la Table. »
Photos ci-dessus : « Schémas migratoires » et « Rifugiato Mappa del Mondo », deux installations de Dan Halter (1977- ). Ces sacs en plastique sont utilisés partout. Les migrants du monde entier y emballent leurs biens les plus précieux. Dan Halter a réalisé un personnage migrant et une carte du monde à partir de ces sacs.
Photos ci-dessus : Une installation de 2024… titrée « Astronaute réfugié » de l’artiste brittano nigérian Yinka Shonibare (1962- ). Il fait partie d’une série présentant des astronautes nomades, grandeur nature, vêtus de combinaisons en tissu wax hollandais. Shonibare imagine un monde où la montée des eaux pousse l’humanité à chercher de nouveaux refuges.
Photo ci-dessus : « Out of Egypt », une tapisserie réalisée en 2024 par la Polonaise Matgorzata Mirga-Tas (1978- ), une artiste issue de la communauté nomade rom. L’œuvre est réalisée à partir de tissus – vêtements, draps, rideaux – que l’artiste a collectés auprès de personnes qu’elle connaît. La tapisserie est un hommage à une communauté nomade qui ne se laisse pas enfermer par les frontières que les autres lui imposent.
Photos ci-dessus : Deux piliers issus du Mur de Berlin… comme nous en avons déjà vu plusieurs ailleurs dans le monde, dont à Montréal. L’affichette du musée précise ceci : « Après la rouverture de la frontière entre l’Est et l’Ouest en 1989, les Berlinois célèbrent leur liberté retrouvée en tatouant de graffitis les deux côtés des sections restantes du mur de béton tant détesté ».
Photo ci-dessus : L’artiste syrien Omar Imam (1979- ) a créé le super-héros « Space Refugee » après avoir fui la Syrie avec sa famille. Cette sculpture ludique, inspirée d’un manga japonais, représente l’artiste et sa fille sur un vaisseau spatial magique recouvert de soldats de plomb.
Photo ci-dessus : « Camion bottari – Migrateurs », de l’artiste sud-coréen Kimsooja (1957- ). L’affichette précise : « Enfant, Kimsooja a dû déménager fréquemment, son père étant militaire. La famille a déménagé le long de la frontière entre la Corée du Nord et la Corée du Sud. Elle a dû dire adieu à ses amis et à son environnement familier à plusieurs reprises. Kimsooja a rempli une Peugeot 404 de bottaris (1) colorés, ces sacs coréens traditionnels utilisés par les migrants pour transporter leurs biens les plus précieux. Pour Kimsooja, la voiture symbolise la route, l’absence de racines et la recherche constante d’un nouveau foyer. »
(1) : Lors de nos recherches visant la rédaction de ce texte, nous nous sommes demandés ce qu’étaient des « bottari ». Nos dictionnaires, ni le Wiktionnaire d’ailleurs, nous ont fourni de définition.
Toutefois, dans la biographie de l’artiste Kimsooja retrouvée sur Internet, nous avons lu :
« Depuis plus de 20 ans, Kimsooja conçoit au sens propre comme au figuré des bottaris, des grandes pièces de tissus traditionnels et colorés confectionnés à partir de morceaux d’étoffes récupérés et cousus entre eux.
Objet familial ancré dans la culture coréenne, le bottari était utilisé à la manière de grand baluchon pour envelopper et transporter des effets personnels lors de voyage ou de déménagement. Kim Sooja s’en sert pour ses valeurs symboliques fortes et tisse une réflexion sur le voyage, le déracinement, la mémoire et la construction de soi. En effet, les bottaris symbolisent, pour Kimsooja, le voyage, l’expérience humaine et la diversité des vies encapsulées dans chaque tissu. »
Photos ci-dessus : L’œuvre s’intitule « J’ai été partout dans le monde ». Elle est de l’artiste africaine Stephané Edith Conradie (1990- ). Fascinée par les objets du quotidien, elle en a réuni quelques-uns dans cet assemblage.
Le Bateau… ou des dirigeants mondiaux peints en réfugiés
Puis nous arrivons devant l’œuvre du musée Fenix qui nous a le plus impressionnés. Il s’agit d’une peinture titrée « Le bateau »… où nous avons pris plaisir à identifier les hommes politiques prenant place sur un bateau en bois branlant, tels des réfugiés en quête d’un avenir meilleur!
Photo ci-dessus : Le Bateau », une œuvre de 2017 de l’artiste syrien Abdalla Al Omari (1986- )… « Trump, Merkel et Macron sont entassés dans un bateau en bois avec de nombreux autres dirigeants mondiaux. Poutine et Assad sont assis côte à côte, les jambes pendantes, tandis que Clinton est assise à proximité. Les politiciens sont tous dans le même bateau, repensés comme des acteurs bouleversés de la plus grande tragédie humaine de notre époque. »
Photos ci-dessus : Voici de nombreux détails de l’œuvre « Le Bateau », de l’artiste syrien Abdalla Al Omari (1986- )…
Photo ci-dessus : À côté de l’œuvre d’Omari se trouve un véritable bateau, récupéré à Lampedusa et autrefois utilisé pour transporter des migrants vers l’Europe.
Ce bateau a accosté à l’île de Lampedusa le 13 septembre 2022… et 19 de ses passagers ont survécu.
Certains objets ayant appartenu aux passagers ont été laissés dans le bateau… qui est un don de l’office des douanes de cette île.
Photo ci-dessus : « The Outlaw’s Flag », une œuvre de 2017 de Jakkai Siributr.
Ne trouvant pas la signification de l’œuvre, nous avons interrogé chatGPT… Voici sa réponse : « Jakkai Siributr a créé 21 drapeaux fictifs, réalisés à partir de textiles typiquement birmans, le longyi, ce tissu utilisé pour confectionner les sarongs portés par les hommes en Birmanie.
Ces drapeaux incorporent des éléments graphiques inspirés des drapeaux nationaux du Myanmar, du Bangladesh, de la Malaisie, de la Thaïlande, ainsi que parfois du drapeau britannique (en référence au passé colonial), ou des symboles religieux comme le croissant ou la croix, ce qui souligne la notion d’exclusion associée au nationalisme!
L’installation interroge la notion de nationalité et critique la manière dont le nationalisme (et ses frontières symboliques comme les drapeaux) peut justifier des violences et des exclusions. Elle attire l’attention sur la tragédie des Rohingyas — communauté musulmane apatride persécutée en Birmanie, forcée de fuir vers des pays comme la Thaïlande, la Malaisie ou le Bangladesh. »

Photos ci-dessus : Une superbe œuvre intitulée « L’Histoire se répète ». Il s’agit d’une réalisation de 2017 de l’artiste américaine Susan Clinard (1972- ).
L’affichette du musée mentionne ce qui suit : « Une femme musulmane avec son bébé, un Japonais-Américain, un Juif européen et un Africain avec sa fille font la queue. Ils symbolisent des groupes qui se sont vu refuser l’entrée aux États-Unis à certaines périodes de l’histoire. La personne en tête de la file d’attente reste anonyme, présageant ainsi qui pourrait être le prochain à être refoulé! »
Photos ci-dessus : Une installation des plus intéressante. Elle est titrée « Pravda – Vérité ». Il s’agit d’une installation réalisée en 2024-2025 par l’artiste ukrainienne Daria Khozhai (1991- ).
Il faut lire l’affichette pour comprendre tout l’intérêt de l’œuvre :
« Entre les années 1960 et 1990, l’Union soviétique a rapidement construit des complexes d’appartements à Kiev. Pour isoler les bâtiments en béton, les habitants ont recouvert les murs de journaux. L’un des journaux les plus lus à Kiev à l’époque était la Pravda (“Vérité”).
Les journaux sont restés cachés sous le papier peint jusqu’en 2022, année de l’attaque russe sur la ville. À chaque bombardement, les journaux cachés, et la vérité, ont été révélés un peu plus. Cette pièce est une réplique de la chambre d’enfance de Daria Khozhai.
L’extérieur est décoré de journaux de 1991, année de l’indépendance de l’Ukraine. L’intérieur est composé d’articles de presse récents sur l’invasion russe de l’Ukraine. »
Photo ci-dessus : Une toile aux belles couleurs intitulée « Dans les flots d’illusions ». Une œuvre du Congolais Hilary Balu peinte en 2022. L’affichette précise que « L’océan déchaîné relie passé et présent. Les colons européens ont traversé l’Afrique en quête de richesse et de pouvoir. Aujourd’hui, de jeunes Africains risquent leur vie pour traverser vers l’Europe dans l’espoir d’un avenir meilleur, qui s’avère souvent illusoire. »
Photo ci-dessus : Une autre toile triste! L’œuvre est du Néerlandais Peter Koole (1958- ) qui l’a titrée « À l’extérieur de la base de l’ONU ». L’affichette résume la situation : « Les troupes néerlandaises de l’ONU étant incapables de protéger les habitants de Srebrenica, les soldats néerlandais et les habitants de la ville fuient vers la base militaire de l’ONU située près de la ville. Vingt mille habitants de Srebrenica demandent l’accès à la base et se voient refuser l’entrée. Ils ne bénéficient jamais de la protection promise par les Nations Unies. Plus de 8 000 hommes et garçons musulmans sont assassinés par les forces serbes de Bosnie ». Ouf!
Photo ci-dessus : « Maison ». Une œuvre de 2019 de l’artiste belge Hans Op de Beeck (1969- ). « Un couple se tient près de la porte d’entrée, en peignoir. C’est le soir ou la nuit. Ce qui se passe est incertain : une dispute entre voisins, un incendie, un au revoir? »
The Family of Migrants
Nous sortons de la salle de l’exposition permanente du musée Fenix et entrons dans une section titrée The Family ot Migrants, une grande salle remplie de photos… d’un réalisme saisissant.
Le Musée Fenix décrit cette exposition temporaire comme suit :
« The Family of Migrants » est une exposition photographique internationale et un livre réalisé par Joumana el Zein Khoury… qui est la directrice générale de la Fondation World Press Photo.
Elle explore l’expérience humaine universelle de la migration à travers des images de départ, de voyage et d’arrivée à travers le temps et les cultures.
Inspiré par l’exposition phare d’Edward Steichen, The Family of Man, ce projet présente des œuvres de nombreux photographes internationaux et des archives de musées, visant à mettre en lumière des histoires humaines communes de migration, de perte et d’amour. »
Photos ci-dessus : Voici quelques photos de l’exposition qui nous ont particulièrement touchés. « La “Famille des Migrants” réunit 136 photographes du monde entier, présentant des images emblématiques et moins connues qui illustrent la migration comme un phénomène intemporel – et surtout, une histoire profondément humaine. »
Il est 15 heures lorsque nous sortons. C’est un grand musée, dans tous les sens du terme. Les œuvres sont jolies, bien mises en valeur et surtout très significatives.
Sur le chemin du retour, nous repassons devant la superbe murale sise à l’entrée du pont Erasmus.
Photos ci-dessus : La fresque géante de l’artiste néerlandaise Judith de Leeuw (1995- ) titrée « Brightness in the Clouds of Cancer », ce qui peut se traduire par « Luminosité dans les nuages du cancer ».
Photo ci-dessus : Vue de l’entrée du magnifique pont Erasmus.
Lorsque nous arrivons sur la place des musées, la museumplein, tout près de notre hôtel, nous profitons du soleil pour prendre une pause sur un banc… à admirer, encore une fois cette magnifique place.
De retour à notre chambre, nous nous reposons de notre longue promenade, encore sous le coup de l’émotion de nos superbes découvertes de la journée.
Vers 18 heures, nous descendons au bar de l’hôtel. Céline savoure un prosecco, tandis que je me délecte d’une Heineken. Puis, nous partageons six succulents rouleaux de printemps au canard avec sauce hoisin.
C’était délicieux et très agréable…
Photo ci-dessus : Nous savourons une entrée de rouleaux de printemps au canard, confortablement installés au bar de notre hôtel, le Morgan & Mees Rotterdam.
Évidemment, notre coup de cœur de la journée est notre belle découverte du Musée Fenix.
Aujourd’hui, nous avons effectué plus de 18 500 pas!
À suivre…
Embarquement à bord du « Nieuw Statedam » pour une croisière de 28 jours qui va nous mener, entre autres, à l’intérieur du cercle polaire, en Norvège et par la suite tout autour des îles britanniques.
Photo ci-dessus : Notre bateau, le « Nieuw Statedam » de la compagnie Holland America… photographié lors de notre escale à Alesund en Norvège le 20 mai 2025.
Pour lire les autres textes de notre périple amorcé à Rotterdam avant de prendre la mer, cliquez sur ce lien : Nos textes relatifs à un séjour de cinq jours à Rotterdam au Pays-Bas en mai 2025.






